Encore une journée de repos dans la mégapole de Cebu, où nous dormons chez un grimpeur local, et nous repartons pour trois jours d’équipement à Monsterella. C’est la nouvelle falaise que nous avons commencé à équiper près de Cébu. L’idée est de proposer aux grimpeurs philippins des voies dures, pour tirer leur niveau vers le haut. Il y a en tout et pour tout 500 voies aux Philippines, réparties sur plus de 2000 îles. Cela fait encore vraiment peu pour grimper !

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Monsterella, Ile de Cebu. @Francisco Taranto Jr. – FotoVertical

 

Une heure de jeepney, on installe le camp dans un champ au bord de la rivière, puis nous remontons la rive, chargés des spits, des perfos, cordes….

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Un des nombreux Jeepney

 

En 3 jours nous n’avons équipé que 4 voies : un 7a, un 8 quelque chose, un 8c+ et un 9a…. à peu près. James et Yuji se sont chargés des deux voies dures, accédant au sommet de la falaise en équipant du bas par la voie facile.

Pour ma part, je me suis lancée avec Miel Pahati (un grimpeur local bien téméraire) dans une session phacochère pour trouver l’autre sommet de la falaise. Ça semblait plus facile… Quelle erreur ! Un phacochère, combien de temps survivrait-il en milieu tropical, avec des fourmis géantes, des araignées, des scorpions, et bien sûr… des serpents ! Nous n’en avons pas vu en deux heures à nous perdre dans les lianes, et je commençais à être un peu rassurée. Au final, n’ayant pas trouvé le point le plus haut, dans cette jungle, je me relance dans un peu d’équipement du bas, en diagonale depuis la gauche de la falaise…. Des sangles, des coinceurs dans le rocher vierge, deux points, un tour autour d’un arbre, enfin j’arrive là où je veux placer mon relais… Je perce un point, ajoute une sangle dans un arbre, fais venir Miel. Il me rejoint, me dépasse pour équiper un relais à ma droite, commence à percer… Et je lui dis calmement : « Miel, arrête de percer, reviens ». 2 mètres à sa droite, un puis deux, puis trois petits serpents très colorés s’agitent autour d’un trou, en plein milieu de la falaise. Ils sont bien à deux mètres de Miel, mais ça me semble un peu près quand même, nous descendons en catastrophe.

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Monsterella, 40m de haut, 45° de dévers. Le point le plus haut, au milieu, c’est le relais de la voie !

 

Après consultations auprès des paysans du coin, plus un serpent est coloré, plus il est venimeux. Quand je leur demande que faire en cas de morsure, ils me répondent : ne te fais pas mordre. (Il n’y a pas d’hélicoptère, ni même de sérum sur l’île). Un autre grimpeur curieux remonte à la jumar sur la corde que nous avons fixée pour jeter un œil aux trois petits serpents. Nous le voyons monter jusqu’au relais… Pour redescendre en catastrophe : un mètre sous le relais, c’est-à-dire juste là où Miel et moi sommes restés 20 minutes, il y a un gros python dans un autre trou. Boh, au moins, les pythons n’ont pas de venin, ils peuvent juste étouffer leur proie.

Je commence à avoir un peu la chair de poule… mais je remonte pour équiper au moins le bas de la voie. C’est très déversant, 45degrés, je lance des lassos dans les colonnettes qui dépassent pour me rapprocher de la paroi. J’équipe un point à mi-hauteur, commence à descendre… Et remarque une petite tête jaune dans un autre trou, 3 mètres sous mon point. Pffff, encore un serpent, jaune fluo sur les cotés. J’abandonne pour aujourd’hui, après lui avoir jeté quelques pierres pour l’effrayer.

Et dire que c’est sans doute la même histoire à chaque fois que les locaux ajoutent une voie… Equiper en pays tropical, c’est quelque chose !

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Voie finalement équipée ! La voie Serpentinite !

 

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